Tape « Dayflow » dans l’App Store et tu tombes sur un traqueur d’habitudes. Ce n’est pas celui dont on parle ici. Le Dayflow de cet article tourne sur Mac, ne coûte rien, et fait un pari étrange : regarder ton écran toute la journée pour te raconter, le soir, ce que tu as vraiment fait. On a déjà vu ce pari avec AirJelly il y a quelques semaines. Celui-ci le fait autrement, et la différence mérite qu’on s’y arrête.
Dayflow, c’est quoi ?
Dayflow est un journal de travail automatique pour Mac. L’idée : au lieu de remplir toi-même un time-tracker ou de deviner en fin de semaine où sont passées tes heures, l’application capture ton écran à intervalles réguliers, envoie ça à une IA, et en tire une chronologie lisible de ta journée : ce que tu as fait, quand, et combien de temps. Derrière, une petite structure américaine, Teleport Labs, fondée par un développeur, Jerry Liu.
Le public visé est écrit noir sur blanc par l’éditeur : développeurs, freelances, travailleurs du savoir. Autrement dit, des gens qui jonglent entre quinze onglets et qui, un vendredi soir, seraient bien en peine de dire précisément à quoi a servi leur mardi.

Deux chemins pour l’IA : tout sur ta machine, ou pas
Là où Dayflow se distingue tout de suite d’un gadget grand public, c’est sur le choix du moteur. Tu as deux options, assumées comme telles par l’éditeur. La première : un modèle qui tourne en local sur ton Mac, via Ollama ou LM Studio, rien ne quitte jamais la machine. La seconde : un modèle dans le cloud, Gemini avec ta propre clé API, ou ChatGPT/Claude si tu as déjà un abonnement chez eux. Ce n’est pas Dayflow qui décide à ta place : c’est toi qui choisis, en connaissance de cause, ce que tu acceptes d’envoyer dehors.
Par défaut, tout ce qui est produit (captures, base de données, chronologie) est stocké en local, dans un dossier de ton Mac. Si tu choisis un moteur cloud, seules les données nécessaires à l’analyse voyagent jusqu’au fournisseur choisi. Le reste ne bouge pas.

Le vrai différenciateur : le code est public
AirJelly promettait la même chose, à sa manière : « tout tourne sur ta machine, rien ne sort ». Le problème, je l’avais écrit à l’époque, c’est que cette promesse venait uniquement de l’éditeur, sans façon de la vérifier. Dayflow change la donne sur ce point précis : le code qui décide ce qui est capturé, où c’est stocké et ce qui part vers le cloud est public, sous licence MIT, sur un dépôt GitHub que n’importe qui peut lire. Tu n’as plus à croire un communiqué, tu peux (ou faire lire par quelqu’un qui sait le faire) vérifier toi-même.

Ça ne veut pas dire que tout est vérifié pour de bon : un dépôt ouvert n’empêche pas une faille qui traîne, et je ne suis pas allé auditer une ligne de ce code. Mais la différence de posture est réelle. Une promesse qu’on peut vérifier n’a pas la même valeur qu’une promesse qu’il faut croire sur parole.
| Critère | AirJelly | Dayflow |
|---|---|---|
| Code source | Fermé, propriétaire | Public, licence MIT |
| Ce qu’il fait | Agit de lui-même (tâches, rappels, briefs) | Observe et raconte, ne déclenche aucune action |
| Traitement IA | « Tout en local », promesse d’éditeur non vérifiable | Choix explicite local (Ollama/LM Studio) ou cloud, décidé par l’utilisateur |
| Prix | Gratuit au téléchargement, aucune grille tarifs publiée | Appli gratuite et open source ; coût réel dépendant du moteur IA choisi |
| Plateformes | macOS uniquement (Windows/Linux annoncés, sans date) | macOS 14+ (Windows annoncé, liste d’attente ouverte, sans date) |
| Traction visible | ~100 votes Product Hunt au lancement | 6,8 k étoiles GitHub, 397 forks, 183 votes Product Hunt |
Ce que Dayflow ne fait PAS
Sur ce site, on a déjà posé la différence entre un agent IA et un outil qui se contente d’observer : un agent décide et agit de sa propre initiative, un simple assistant attend qu’on lui demande. Dayflow ne coche aucune des deux cases entièrement. Il ne répond pas à des questions comme un chatbot, mais il n’agit pas non plus à ta place comme le prétend faire AirJelly (qui crée des tâches, envoie des rappels). Dayflow regarde, résume, raconte. Un journal, pas un majordome. C’est plus modeste, et c’est aussi plus facile à faire confiance : moins de pouvoir donné, moins de dégâts possibles si le résumé se trompe.
Parce qu’il peut se tromper : ce qui écrit la chronologie de ta journée reste un modèle de langage, avec tout ce que ça implique. Confondre « recherche sur YouTube » et « pause vidéos de chats » est le genre d’erreur que l’éditeur revendique justement savoir éviter ; je n’ai aucun moyen de vérifier à quel point, faute de Mac pour le faire tourner.
Combien ça coûte, et pour qui
L’application elle-même ne coûte rien, et le code est public : pas de version bridée qui débloque un jour une fonction payante. Ce qui a un prix, c’est le moteur IA que tu branches derrière. Gratuit si tu fais tourner un modèle local via Ollama ou LM Studio, gratuit aussi si tu restes sur le palier gratuit de Gemini. Payant si tu préfères ChatGPT ou Claude : il te faudra ton propre abonnement chez eux, Dayflow ne le fournit pas. Si tu suis déjà notre tuto pour faire tourner un modèle en local avec Ollama, tu peux brancher Dayflow directement dessus : le code de Dayflow ne voit jamais l’extérieur, et le modèle non plus.
Pour qui, dans les faits ? Un développeur, un freelance ou un consultant qui facture du temps et qui veut un relevé honnête de ses journées sans y penser, sur un Mac récent (macOS 14 minimum), à l’aise avec l’idée qu’un outil lise son écran en continu. Pour qui pas : tout poste qui affiche des données sensibles à l’écran en continu et où l’entreprise n’a pas encore statué sur ce genre d’outil ; et, plus simplement, tout le monde sous Windows, qui regarde ça de loin comme pour AirJelly.
[ VERDICT ]
Pour qui : développeur, freelance ou indépendant sur Mac qui veut un journal de travail honnête sans y penser, et qui préfère un outil dont il peut lire le code plutôt qu’une promesse d’éditeur.
Pas pour qui : tout poste Windows (rien à installer aujourd’hui), et tout usage où le résumé automatique d’un écran plein de données sensibles n’a pas été validé par l’entreprise.
Pas de note chiffrée : je n’ai pas de Mac pour le faire tourner, je ne mets pas de jauge sur ce que je n’ai pas testé.
Le code ouvert ne remplace pas un audit, et une chronologie racontée par une IA reste une reconstruction, pas un relevé d’huissier. Mais entre un outil qui te demande de le croire et un outil qui te laisse vérifier, le second commence avec une longueur d’avance qu’il n’a pas encore à mériter.
Questions fréquentes sur Dayflow
Dayflow est-il vraiment gratuit ? L’application oui, et le code est public (licence MIT). Le coût dépend ensuite du moteur IA choisi : gratuit en local (Ollama/LM Studio) ou avec le palier gratuit de Gemini, payant si tu utilises ton abonnement ChatGPT ou Claude.
Dayflow fonctionne-t-il sur Windows ? Pas encore. L’application tourne aujourd’hui sur macOS 14 (Sonoma) et versions suivantes. Une version Windows est annoncée par l’éditeur (« Dayflow for Windows is coming »), avec une liste d’attente ouverte sur le site, mais sans date de sortie.
Mes données restent-elles privées ? Par défaut, oui : captures d’écran, base de données et chronologie sont stockées localement sur ta machine. Si tu choisis un moteur IA dans le cloud, les données nécessaires à l’analyse sont envoyées à ce fournisseur, pas à Dayflow.
Quelle différence avec AirJelly ? Les deux observent l’écran en continu, mais AirJelly agit de sa propre initiative (tâches, rappels), quand Dayflow se limite à observer et raconter. Et surtout, le code de Dayflow est public : sa promesse de confidentialité peut se vérifier, celle d’AirJelly repose sur la confiance à l’éditeur.