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Hermes, l’agent IA qui écrit ses propres compétences

Hermes Agent, c'est un agent IA open source qui s'installe chez toi et écrit ses propres compétences. Ce qu'il fait, comment marche sa boucle d'apprentissage, et pourquoi il ne tourne pas sur un modèle Hermes.

RUN #333 08 AOÛT 2026 11 MIN DE LECTURE

Un dépôt à 227 000 étoiles en moins de six mois, un agent qui « apprend de ses erreurs », une application de bureau sortie cet été. Autour de Hermes, le vocabulaire promotionnel a pris une bonne longueur d’avance sur la description technique, et le nom lui-même désigne deux produits différents chez le même éditeur. Voyons ce qu’est réellement Hermes Agent, ce que fait sa fameuse boucle d’apprentissage, et ce que les chiffres publics permettent d’affirmer le 8 août 2026.

L’essentiel : Hermes Agent, c’est quoi ?

Hermes Agent est un agent IA open source publié par le laboratoire américain Nous Research, sous licence MIT, que tu installes sur ta machine ou sur un serveur. Tu lui confies une tâche en langage courant, il l’exécute avec ses propres outils (lire et écrire des fichiers, chercher sur le web, lancer du code, appeler des services), et il continue de tourner quand tu fermes ton ordinateur. Sa promesse spécifique, celle qui le distingue des dizaines d’agents sortis en 2026, tient dans une phrase de son dépôt : il serait « le seul agent avec une boucle d’apprentissage intégrée », capable de créer ses propres compétences à partir de son expérience.

Avant d’aller plus loin, il faut désamorcer un piège de vocabulaire qui pollue la moitié des recherches sur le sujet. Chez Nous Research, « Hermes » désigne deux choses sans lien technique entre elles : un logiciel et une famille de modèles de langage. Ce ne sont ni les mêmes dates, ni les mêmes licences, ni le même endroit pour les télécharger.

Schéma comparant les deux produits nommés Hermes chez Nous Research : l'agent logiciel sous licence MIT et la famille de modèles Hermes 4
Le dépôt de l’agent a été rendu public en février 2026 ; les modèles Hermes 4, eux, datent d’août 2025. Confondre les deux fait chercher un fichier de modèle là où il n’y en a aucun.

Ce qu’il fait concrètement : un agent qui vit sur un serveur

La particularité d’usage de Hermes n’est pas son interface, c’est son emplacement. Il tourne en processus permanent, et tu lui parles depuis là où tu es déjà : son dépôt annonce Telegram, Discord, Slack, WhatsApp, Signal et le terminal, tous branchés sur une même passerelle, donc sur la même conversation. En pratique, tu peux lui laisser une consigne le soir depuis ton téléphone et lire le résultat le lendemain matin, ce qu’un assistant qui vit dans un onglet de navigateur ne sait pas faire.

Côté capacités, le dépôt revendique plus de 40 outils intégrés et un client MCP natif, présent dès la première version publique de mars 2026 : autrement dit, il sait se brancher sur des serveurs d’outils tiers sans qu’on lui écrive du code. S’y ajoutent des « compétences », des recettes rangées dans des fichiers, avec un dépôt communautaire pour les partager. Sur les besoins matériels, l’éditeur écrit qu’il tourne sur « un VPS à 5 dollars ». C’est une affirmation d’éditeur, pas une mesure : elle décrit le coût de la machine qui héberge l’agent, pas celui du modèle qu’il va interroger, et les deux n’ont rien à voir.

La boucle d’apprentissage, le seul vrai argument de nouveauté

C’est le cœur du sujet, et c’est là que la formule « il s’améliore tout seul » mérite d’être traduite. Le mécanisme décrit par le dépôt est précis, et il est plus modeste que ce que le slogan suggère : après une tâche complexe, l’agent rédige lui-même une compétence réutilisable, il la retouche à l’usage, il entretient une mémoire qu’il alimente sur des rappels périodiques, et il peut fouiller ses anciennes sessions grâce à un index de recherche plein texte doublé d’un résumé par le modèle. À cela s’ajoute une modélisation de l’utilisateur, confiée à un composant tiers nommé Honcho.

Ce que ça veut dire techniquement : Hermes ne se réentraîne pas. Aucun poids de modèle n’est modifié, rien n’est appris au sens où un modèle apprend. Ce qui change d’une session à l’autre, ce sont des fichiers que l’agent a écrits et qu’il relit. La nuance n’est pas cosmétique, elle explique pourquoi la même mécanique fonctionnerait avec n’importe quel modèle derrière, et pourquoi elle est réversible : tu peux ouvrir ces fichiers, les corriger, les supprimer. Ces compétences suivent aujourd’hui le format ouvert Agent Skills, le même que les skills de Claude : Hermes figure dans la liste des clients compatibles publiée sur agentskills.io.

Schéma de la boucle d'apprentissage de Hermes Agent en quatre étapes : tâche, exécution, compétence écrite, mémoire, puis reprise à la session suivante
Les étapes 3 et 4 sont la vraie originalité du produit. Elles produisent des fichiers de compétences et de mémoire, jamais un nouveau modèle.

Et voilà le point où je m’arrête : le mécanisme est documenté, son résultat ne l’est pas. Je n’ai trouvé aucune mesure publique, ni de l’éditeur ni d’un tiers, qui compare les performances de l’agent au premier jour et après trois mois d’usage. « Il s’améliore » reste donc, à ce stade, une description d’architecture et pas un résultat mesuré. J’attends de voir un protocole avant de le compter comme un avantage.

Il ne tourne pas sur un modèle Hermes, et c’est voulu

Voilà le contre-pied le plus utile de cette fiche, celui qui économise une heure de confusion. L’agent Hermes est indifférent au modèle qui le fait réfléchir : son dépôt invite à « utiliser n’importe quel modèle », cite pêle-mêle son propre portail, OpenRouter, OpenAI ou un point d’accès maison, et fournit une commande pour changer de modèle sans toucher au code. Installer Hermes ne te donne donc aucune intelligence : ça te donne un exécutant, auquel il faut brancher un cerveau.

Conséquence directe sur le budget, et elle est régulièrement passée sous silence. Le logiciel est sous licence MIT, donc gratuit et modifiable. Le modèle, lui, se paie à l’usage chez le fournisseur que tu choisis, sauf si tu le fais tourner en local. Nous Research vend d’ailleurs son propre accès, avec un palier gratuit et trois formules payantes qui incluent des crédits et, selon sa page officielle, plus de 300 modèles. « Open source » qualifie ici le code de l’agent, jamais la facture d’inférence.

Ne pas confondre avec les modèles Hermes 4

Puisque le nom est partagé, autant régler le cas des modèles en une section. Hermes 4 est une famille de modèles de langage à poids ouverts publiée à l’été 2025, dont le rapport technique est consultable. Les chiffres qu’il donne situent l’effort : environ 5 millions d’échantillons et 19 milliards de tokens de post-entraînement, dont 3,5 millions d’échantillons de raisonnement, un tri par rejet contre « environ un millier de vérificateurs spécialisés », et un entraînement sur 192 cartes NVIDIA B200. Une version 4.3 a suivi en novembre 2025, bâtie sur une base ByteDance, que l’éditeur annonce jusqu’à 512 000 tokens de fenêtre de contexte.

Le détail que presque personne ne mentionne, et qui compte dès qu’un usage professionnel est envisagé : ces modèles n’ont pas tous la même licence. Deux d’entre eux héritent de la licence Llama de Meta, parce qu’ils partent d’un point de départ Llama 3.1, quand les deux autres sont sous Apache 2.0.

Modèle Base de départ Licence Téléchargements sur 30 jours
Hermes 4.3 36B Seed-OSS 36B (ByteDance) Apache 2.0 14 890
Hermes 4 14B Qwen3 14B Apache 2.0 4 845
Hermes 4 70B Llama 3.1 Licence Llama 3 2 599
Hermes 4 405B Llama 3.1 Licence Llama 3 616

Chiffres relevés le 8 août 2026 via l’API de Hugging Face, c’est-à-dire l’interface qui sert les données brutes du site plutôt que la page web. Ils disent quelque chose que les annonces ne disent pas : le vaisseau amiral à 405 milliards de paramètres est le moins téléchargé des quatre, de très loin, tandis que le petit modèle de novembre écrase le classement. Personne ne fait tourner un 405B chez soi, et le marché des poids ouverts s’en accommode très bien.

Si l’idée est de faire tourner l’un de ces modèles sur ta machine, une vérification s’impose avant de commencer, et elle vaut pour tous les modèles ouverts : la bibliothèque officielle d’Ollama s’arrête, au 8 août 2026, à Hermes 3. Les versions 4 et 4.3 n’y existent que sous forme de dépôts communautaires, à quelques centaines ou milliers de téléchargements. Ça marche, mais tu ne récupères pas un paquet officiel.

Ce que les chiffres du dépôt établissent, et ce qu’ils ne disent pas

Le succès d’audience, lui, est mesurable et il est spectaculaire. Au 8 août 2026, l’API de GitHub renvoie 227 259 étoiles et 44 487 duplications du dépôt, pour environ 2 610 contributeurs. Le rythme de publication tient la comparaison : 24 versions entre le 12 mars et le 3 août 2026, soit à peu près une par semaine, et les notes de version chiffrent elles-mêmes leur propre volume (874 commits et 542 propositions de code fusionnées entre deux versions de juin).

Ce que ces chiffres établissent : le projet est réel, très actif, et massivement regardé. Ce qu’ils n’établissent pas : qu’il soit stable, ni même beaucoup utilisé. Une étoile GitHub est un marque-page, pas une installation, et le même appel renvoie aussi 29 626 tickets ouverts. Sur un projet de cinq mois qui absorbe des centaines de contributions par semaine, ce nombre se lit dans les deux sens : il signale une communauté qui remonte tout, et un arriéré que personne ne prétend avoir résorbé. Si tu cherches un outil posé, ce n’est pas le profil.

Hermes Desktop : ce que disent les notes de version

Dernier point, et c’est celui où j’ai trouvé un écart net entre ce qui circule et ce qui est écrit à la source. L’application de bureau, celle qui permet enfin d’utiliser Hermes sans terminal, est très souvent rattachée à la version « v0.15.2 » et au 2 juin 2026 ; MarkTechPost, dans un article du 3 juin, écrit noir sur blanc que « la version actuelle est Hermes Agent v0.15.2 », et la formulation a été reprise ailleurs. Les notes de version officielles racontent autre chose.

La v0.15.2, publiée le 29 mai 2026, est un correctif d’empaquetage d’un seul commit. L’application de bureau apparaît dans la v0.16.0 du 5 juin 2026, baptisée « The Surface Release », qui la décrit comme une application Electron installable sur macOS, Linux et Windows, avec mise à jour automatique depuis l’application et connexion possible à une passerelle Hermes distante. Elle précise même son propre calendrier : 100 propositions de code et 159 commits en une seule semaine, et cette phrase que je te laisse apprécier, « rien de tout ça n’existait il y a une semaine ».

Capture des notes de version v0.16.0 de Hermes Agent datées du 5 juin 2026, annonçant l'application de bureau native
Notes de version consultées le 8 août 2026 : la date, le numéro de version et le paragraphe qui introduit l’application de bureau figurent au même endroit.

Sur ce point précis, il faut être juste avec les articles concernés : l’annonce publique a bien eu lieu le 2 juin, avant la mise en ligne de la version étiquetée. Il existait donc un aperçu avant le 5 juin, et v0.15.2 était bien la dernière version publiée ce jour-là. Mais « Hermes Desktop v0.15.2 » ne correspond à rien dans l’historique du dépôt, et si tu cherches la version où l’application de bureau arrive, c’est la 0.16.0. Détail de bibliothécaire, sauf le jour où tu essaies de retrouver la bonne archive.

Les questions qui reviennent

Hermes Agent est-il gratuit ?

Le logiciel, oui : licence MIT, code public, aucune limite d’usage imposée par l’éditeur. Ce qui se paie, c’est le modèle qu’il interroge, facturé par le fournisseur que tu choisis, et la machine qui l’héberge si tu le laisses tourner en permanence. Un agent gratuit branché sur un modèle payant reste un poste de dépense.

Faut-il un serveur pour l’utiliser ?

Non. Il s’installe sur un ordinateur ordinaire, sous macOS, Linux ou Windows, et depuis juin 2026 il existe une application de bureau qui évite le terminal. Le serveur ne devient nécessaire que pour l’usage qui fait sa réputation : rester joignable et continuer à travailler quand ta machine est éteinte.

Hermes Agent remplace-t-il ChatGPT ?

Ce n’est pas le même objet. ChatGPT est une interface qui inclut son modèle ; Hermes est une coquille d’exécution qui n’en contient aucun, et à laquelle tu dois en fournir un. La comparaison qui a du sens porte sur les agents autonomes, pas sur les assistants de conversation.

À retenir

  • Hermes Agent est un agent IA open source (licence MIT) de Nous Research, public depuis février 2026, qui s’installe chez toi ou sur un serveur et reste joignable depuis Telegram, Discord, Slack ou le terminal.
  • Sa boucle d’apprentissage écrit des fichiers (compétences, mémoire, index de sessions) et ne réentraîne aucun modèle. Le mécanisme est documenté ; son bénéfice réel n’est chiffré par personne.
  • Il est agnostique en modèle : « Hermes » l’agent et « Hermes 4 » les modèles sont deux produits distincts, et le second n’est pas requis pour faire tourner le premier.
  • L’application de bureau arrive avec la version 0.16.0 du 5 juin 2026, pas avec la v0.15.2 souvent citée. Et sur un projet à 227 000 étoiles mais 29 626 tickets ouverts, il faut lire l’audience et l’arriéré ensemble.

Cette fiche ne traite pas l’installation. Pour le pas à pas : installer Hermes Agent sur Windows, sans WSL ni droits administrateur.

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