Un site vitrine de plombier, cinq pages, un formulaire de devis qui enregistre les demandes, publié en ligne : 23 minutes montre en main, et je n’ai tapé que trois messages. Voilà pour la démo, elle est réelle et elle est impressionnante.
Ce que la démo ne te dit pas, c’est que ces trois messages ont mangé 291 000 des 300 000 tokens que Bolt.new t’accorde par jour sans payer. À la fin du test, il m’en restait 9 000. Autrement dit, la journée gratuite tient dans un site et deux retouches.
J’ai chronométré chaque étape et relevé le compteur avant et après chaque message. Le résultat mérite qu’on le regarde ligne par ligne avant de sortir la carte bancaire.
Bolt.new, c’est quoi et pour qui
Bolt.new est un constructeur de sites et d’applications qui fonctionne par la conversation. Tu décris ce que tu veux en français, l’outil écrit le code, monte la base de données, héberge le résultat et te donne une adresse publique. Pas de logiciel à installer, pas de ligne de commande, tout se passe dans le navigateur.
C’est l’un des noms les plus cités de ce qu’on appelle le vibe coding, cette façon de produire du logiciel en pilotant une IA plutôt qu’en tapant le code soi-même. L’éditeur, StackBlitz, revendique une réduction de 98 % des erreurs et des projets mille fois plus gros qu’avant, et affiche fièrement Google, Microsoft et Salesforce parmi ses clients.
Bien. Moi, je voulais savoir ce que ça donne pour un artisan qui a 45 minutes un mardi soir et zéro envie d’apprendre à coder.
La réponse courte : ça marche, et mieux que ce à quoi je m’attendais. Le site est sorti complet dès la première demande, le formulaire enregistrait les demandes de devis sans que j’aie rien réclamé de plus, et la publication a pris 32 secondes. La réponse longue tient dans le compteur de tokens, et c’est elle qui décide si tu vas payer 25 dollars par mois ou pas.
Ce que j’ai demandé, et ce que j’ai obtenu
J’ai collé un seul message, un vrai brief de patron : un site pour un plombier-chauffagiste fictif, avec une page d’accueil, une page prestations, une page de tarifs indicatifs, une page contact avec formulaire de demande de devis dont les envois doivent être relisibles quelque part, et des mentions légales à compléter.
Mobile d’abord, en français, sans photo de stock, téléphone cliquable en haut de chaque page. Mille caractères, pas un mot de technique.
Quatre minutes et vingt-quatre secondes plus tard, Bolt m’a rendu un plan en dix étapes entièrement exécuté : il a créé une base de données tout seul, y a posé une table pour les demandes de devis, construit les cinq pages, branché le formulaire dessus et surligné en jaune les champs des mentions légales que je devais remplir.
Le compte rendu était en français, précis, et il m’indiquait même où relire les demandes. Là-dessus, rien à redire.

Le premier défaut est apparu à l’écran, pas dans le compte rendu : le grand titre de la page d’accueil était écrit en bleu nuit sur un fond bleu nuit. Illisible.
Le texte disait « le projet compile sans erreur », et c’était vrai, un titre invisible n’est pas une erreur pour une machine. C’est exactement le genre de chose qu’un patron voit en deux secondes et que l’outil ne verra jamais.
Le tableau qui compte : trois messages, 291 000 tokens
Voilà le cœur du test. Pour chaque demande, l’heure d’envoi, l’heure de fin, et le compteur quotidien de Bolt relevé avant et après. Le plan gratuit donne 300 000 tokens par jour, dans la limite d’un million par mois.
| Ce que j’ai demandé | Durée | Tokens consommés | Résultat |
|---|---|---|---|
| Le brief complet (site de 5 pages, formulaire en base) | 4 min 24 s | 101 000 | Site entier, base créée, formulaire branché |
| Corriger le titre illisible, passer en bleu marine et blanc | 3 min 45 s | 95 000 | Corrigé, palette refaite |
| Publier | 32 s | 0 | Adresse publique en .bolt.host |
| Ajouter une prise de rendez-vous en ligne (jours ouvrés, matin ou après-midi, en base) | 2 min 00 s | 95 000 | Module ajouté, passé du premier coup |
| Total | ~12 min de génération, 23 min en tout | 291 000 sur 300 000 | Reste 9 000 pour la journée |
Regarde bien la deuxième ligne. Changer une couleur et un titre a coûté 95 000 tokens, soit presque autant que construire le site entier. Ajouter un module complet de prise de rendez-vous, avec un calendrier et deux nouvelles colonnes dans la base, a coûté la même chose. Le prix d’une demande ne dépend donc pas de ce que tu demandes.
La documentation de Bolt le dit d’ailleurs à sa manière : l’essentiel de la consommation vient du fait que l’outil relit et synchronise les fichiers du projet à chaque message. Traduction pour un patron : sur un site de cette taille, tu as droit à trois demandes par jour en gratuit, quelles qu’elles soient. Une virgule mal placée te coûte le prix d’une page.

Deuxième détail qui m’a agacé : le compteur ne bouge qu’à la fin de chaque génération. Pendant les trois minutes et demie de la correction, il affichait toujours 199 000 tokens restants, puis il est tombé à 104 000 d’un coup. Tu ne peux pas voir une demande déraper et l’arrêter à temps. Tu découvres la facture quand elle est réglée.
Ce qui a marché sans discussion
Je préfère le dire clairement, parce que ce n’est pas si fréquent dans cette catégorie d’outils. Le formulaire de devis fonctionnait dès la première version : je l’ai rempli depuis la prévisualisation, puis depuis le site public sur un écran de téléphone, et les deux demandes sont apparues dans la table de la base de données, avec le nom, le numéro, l’adresse mail, la description et la date. Le téléphone était cliquable sur les cinq pages, je les ai passées une par une.
La demande de prise de rendez-vous, celle que je pose d’habitude pour faire tomber ce genre d’outil, est passée du premier coup, avec un calendrier sur quinze jours ouvrés, deux créneaux, et la date enregistrée avec le reste de la demande.
Publier a pris 32 secondes, republier après la modification 18.

Côté qualité technique du site publié, j’ai passé la page d’accueil dans Lighthouse, l’outil d’audit de Google, depuis ma machine : 80 sur 100 en performance mobile, 95 en accessibilité, 100 en bonnes pratiques, 91 en référencement, et 96 en performance sur ordinateur.
Le titre de page et la description pour Google étaient remplis correctement, la langue déclarée en français. Pour un site sorti en 23 minutes, c’est honnêtement propre.
Ce que l’outil ne te dit pas spontanément
Cinq choses, aucune n’est cachée, mais aucune n’est écrite en gros non plus.
D’abord le badge. Un petit « Made in Bolt » s’affiche en bas à droite de ton site, sur mobile comme sur ordinateur, dès la prévisualisation. Il part avec l’abonnement Pro, à 25 dollars par mois, en même temps que le nom de domaine à toi.
En gratuit, ton adresse est un sous-domaine en .bolt.host, choisi par Bolt, à partir d’un nom de projet qu’il a lui-même inventé en anglais pour mon brief français. Le mien s’appelle « plumbing-heating-sho-ftba ». Difficile à mettre sur une carte de visite.
Ensuite, deux minutes après mon premier message, une fenêtre m’a proposé un million de tokens, soit tout le quota mensuel du plan gratuit, contre trois questions marketing du type « comment avez-vous connu Bolt ». Je n’ai pas répondu, pour tester l’outil tel que tu le trouveras. Mais note l’ordre de grandeur : ce qu’ils donnent pour un sondage vaut trois fois ce que tu as consommé pour un site entier.
Troisième point, la remise annuelle. La page des tarifs annonce jusqu’à 28 % d’économie en payant à l’année, et c’est vrai pour le plan Pro, qui passe de 25 à 18 dollars par mois.
La documentation de facturation, elle, écrit à deux endroits que la remise annuelle est de 10 %. Les deux textes viennent du même éditeur, le même jour. Ce n’est pas une arnaque, c’est l’inverse, la doc sous-vend son propre plan. Mais ça dit quelque chose du soin apporté aux chiffres qu’on te montre.

Quatrième point, plus sérieux pour un site français. Le site publié charge ses polices de caractères directement depuis les serveurs de Google, ce qui envoie l’adresse IP de chaque visiteur à Google avant même que la page s’affiche.
Ce mécanisme, l’adresse IP d’un visiteur envoyée à un serveur américain avant tout consentement, a valu une condamnation à un site allemand en janvier 2022. En France, la CNIL rappelle que masquer l’adresse IP ne suffit pas et que seule la rupture du contact direct entre le navigateur du visiteur et le serveur tiers règle le problème, même si l’accord UE-États-Unis de juillet 2023 a calmé le sujet pour les entreprises certifiées.
Un cabinet un peu tatillon te le fera remarquer. Bolt ne t’en parle pas, et rien dans l’interface ne permet de le changer sans repasser par une demande, donc par 95 000 tokens.
Enfin, les cinq pages du site portent exactement le même titre pour Google, et le fichier censé lister les pages pour les moteurs renvoie la page d’accueil. Le référencement de base est là, le référencement sérieux reste à faire. Pour un artisan qui veut être trouvé sur « plombier » plus le nom de sa ville, ce n’est pas un détail.
Ce que ça coûte vraiment de rester en ligne
Le site publié, lui, ne coûte rien tant qu’il reste sous 10 gigaoctets de trafic et 333 333 requêtes par mois, ce que Bolt traduit par dix à quinze mille visites. Au-delà, ton site est coupé jusqu’au mois suivant, la documentation le dit sans détour. Pour un artisan local, cette limite ne sera jamais atteinte.
Le vrai coût est ailleurs : dès que tu veux modifier le site plus de trois fois dans la journée, retirer le badge ou brancher ton propre nom de domaine, tu passes à 25 dollars par mois, ou 18 en payant douze mois d’avance, non remboursables. Relevé sur la page officielle le 30 août 2026.
Ma lecture, celle que je donnerais à un client : construis le site en gratuit, sur deux ou trois soirées, une demande bien écrite à la fois.
Le jour où il te plaît, prends un mois de Pro pour brancher ton domaine et retirer le badge, puis résilie. Un site vitrine de plombier n’a pas besoin d’être modifié tous les jours, et Bolt garde ton projet. La méthode inverse, celle que l’interface te suggère à chaque écran, c’est de t’abonner avant d’avoir compris combien tes demandes te coûtent.
[ VERDICT ]
Pour qui : l’artisan ou la petite structure qui veut un site vitrine avec un formulaire qui fonctionne, ce soir, sans toucher au code. C’est le premier outil de cette catégorie que j’ai vu livrer un formulaire branché sur une base dès la première demande.
À éviter si : tu comptes bricoler ton site par petites touches tous les jours, ou si ton activité te met sous le regard d’un service juridique : le badge, l’adresse imposée et les polices chargées chez Google se règlent tous à coups de tokens ou d’abonnement.
Ce que je n’ai pas pu tester : le quatrième message de la journée, il me restait 9 000 tokens. Le verdict porte sur ce que le gratuit permet réellement de faire en un jour, pas sur le plan Pro.
Questions fréquentes sur Bolt.new
Bolt.new est-il gratuit ? Oui, sans carte bancaire : 300 000 tokens par jour et un million par mois, un hébergement en .bolt.host avec un badge « Made in Bolt », et la base de données incluse. Sur mon test du 30 août 2026, un site complet et deux modifications ont consommé 291 000 tokens, soit la quasi-totalité d’une journée.
Combien coûte Bolt.new ? Le plan Pro est à 25 dollars par mois, ou 18 dollars par mois en payant l’année, pour 10 millions de tokens mensuels, sans plafond quotidien, avec domaine personnalisé et sans badge. Le plan Teams est à 30 dollars par membre et par mois. Les abonnements ne sont pas remboursables. Relevé sur la page officielle le 30 août 2026.
Combien de tokens consomme une demande sur Bolt.new ? Entre 95 000 et 101 000 par message sur mon site de cinq pages, que la demande soit de construire le site ou de changer une couleur. Le coût dépend de la taille du projet que l’outil relit à chaque fois, pas de la taille de la demande.
Peut-on utiliser Bolt.new en français ? Oui. Mon brief était en français, le site produit et les comptes rendus aussi. Seul un message de diagnostic technique m’est revenu en anglais, et le nom du projet, donc l’adresse publique, a été inventé en anglais par l’outil.
Faut-il savoir coder pour utiliser Bolt.new ? Non, à aucun moment du test. Il faut en revanche savoir décrire précisément ce que tu veux, parce que chaque message de correction coûte le prix d’une page entière.
Bolt a fait en 23 minutes ce qu’un stagiaire motivé ferait en trois jours, et il a aussi fait ce que le stagiaire fait de mieux : présenter son travail comme fini avec un titre invisible en haut de la page. La différence, c’est que le stagiaire, lui, ne facture pas la correction au prix du site.