NOXENGINE

Les machines travaillent la nuit.
On les surveille.

[ TESTS ]

L’outil SEO gratuit qui ne l’est pas tout à fait

Un logiciel libre qui remplace Semrush pour quelques dollars par mois, c'est la promesse. Je l'ai installé et j'ai relevé mon solde avant et après chaque requête. L'éditeur se trompe dans ses propres chiffres.

RUN #291 31 JUIL 2026 11 MIN DE LECTURE VERDICT RENDU

Tu paies 139 $ par mois pour la formule d’entrée de Semrush, ou 119 € pour Ahrefs Lite. Un projet open source promet de faire le même travail pour quelques dollars, et il a récolté près de 10 000 étoiles sur GitHub en quelques semaines. Alors je l’ai installé, et j’ai fait ce que personne ne fait dans les fiches que tu trouveras ailleurs : j’ai relevé le solde de mon compte avant et après chaque requête, pour savoir ce que chaque clic coûte réellement. Résultat : l’éditeur se trompe dans ses propres chiffres, et pas dans le sens que tu crois.

OpenSEO, c’est quoi

C’est un logiciel libre, sous licence MIT, qui reproduit ce que tu vas chercher chez Semrush ou Ahrefs : recherche de mots-clés, analyse des liens qui pointent vers un site, suivi de positions, audit technique. Tu l’installes chez toi, tu es propriétaire de tes données, personne ne te facture d’abonnement pour le logiciel. Jusque-là, c’est la promesse habituelle du libre, et elle est tenue.

Schéma : OpenSEO est gratuit mais achète ses données chez DataForSEO
OpenSEO n’a pas d’index à lui : chaque requête est achetée chez DataForSEO, avec ta clé et sur ton compte.

Le piège est ailleurs, et il est important : OpenSEO ne possède aucune donnée. Il n’a pas de robot qui parcourt le web, pas d’index à lui, rien. Toutes les données qu’il t’affiche, il va les acheter chez un fournisseur qui s’appelle DataForSEO, et c’est toi qui ouvres le compte et qui payes la note. Le logiciel est gratuit, la matière première ne l’est pas. Quand tu lis quelque part qu’il s’agit d’une alternative gratuite à Semrush, c’est faux. C’est une alternative à quelques dollars par mois au lieu de cent quarante, ce qui est déjà une nouvelle largement suffisante.

Comment je l’ai testé

[ PROTOCOLE DU BANC ] Installation en local avec Docker, image officielle, sur une machine Windows. Compte DataForSEO neuf, crédit d’essai de 1 $, aucune recharge. Vingt appels réellement facturés : quinze recherches de mots-clés et cinq analyses de liens sur des sites français réels. Solde du compte relevé avant et après chaque appel, à la quatrième décimale.

Le déploiement tient en trois gestes : tu récupères le dépôt, tu colles ta clé dans un fichier de configuration, tu lances une commande. L’interface répond sur ta machine environ deux minutes plus tard. Aucune inscription, aucun mot de passe, aucune donnée qui part chez l’éditeur. Pour un outil de cette catégorie, c’est honnêtement le déploiement le plus simple que j’aie fait cette année.

Un détail de méthode, pour les curieux : l’outil expose aussi ses fonctions à un assistant IA, ce qui m’a permis de lancer mes requêtes en langage normal plutôt qu’à la souris. Ça n’a aucune incidence sur les prix relevés ci-dessous, c’est juste plus rapide à automatiser quand on veut mesurer proprement.

L'interface d'OpenSEO installée en local, tableau de bord
L’interface tourne sur ta machine, port 3001. Aucun compte, aucun mot de passe, rien qui sorte.

Ce que ça coûte vraiment, requête par requête

Voilà le cœur du sujet. À gauche, ce qu’annonce la page tarifaire de l’éditeur. À droite, ce que j’ai relevé sur mon propre compte, montre en main.

ActionAnnoncé par l’éditeurMesuré sur le bancÉcart
Une recherche de mots-clés~0,05 $0,0222 $2,3 fois moins cher
Une analyse de liens (un domaine)~0,08 $0,0735 $conforme
Une vérification de marque dans ChatGPT~1,09 $non testé, voir plus bassans objet

La ligne du haut est la bonne surprise. L’éditeur surestime le prix de sa propre fonction la plus utilisée, d’un facteur deux et demi. Pour te donner une idée de ce que ça représente en usage réel : quinze recherches de mots-clés m’ont coûté trente-trois centimes, et un lot de cinq est revenu en trois secondes et demie. La ligne du milieu, en revanche, est parfaitement conforme à l’annonce, ce qui montre que leur estimateur n’est pas fantaisiste, juste mal calibré sur un poste précis.

Leur exemple d’usage courant, affiché à 7,12 $ par mois, est donc pessimiste. Sur la base de mes relevés, quelqu’un qui fait cent recherches et vingt analyses de liens dans le mois s’en sort autour de quatre dollars et demi. Face à cent trente-neuf dollars, la discussion est vite terminée. Une nuance d’honnêteté quand même : Ahrefs a ouvert une formule Starter à 27 € par mois, très limitée mais réelle. Si ton besoin tient dedans, l’écart n’est plus le même.

Comparaison du coût annoncé et du coût mesuré d'OpenSEO
0,0222 $ mesuré contre 0,05 $ annoncé sur la recherche de mots-clés. Sur les liens entrants, l’annonce est juste.

Le dollar offert suffit-il pour se faire un avis

Oui, et c’est ce qui rend l’essai honnête. DataForSEO offre un dollar de crédit à l’ouverture du compte, sans carte bancaire. Avec ça, j’ai mené vingt appels facturés et il me restait encore de quoi continuer. Tu peux donc évaluer l’outil pour de vrai, sur tes propres mots-clés et tes propres concurrents, sans sortir un centime.

Relevé du solde avant et après chaque appel facturé
Vingt appels réels tiennent dans le dollar offert. Il en restait 0,41 $ à la fin de la session.

Le mur est ailleurs, et il est raide : quand ce dollar est épuisé, la recharge minimale est de cinquante dollars. Il n’existe aucun palier intermédiaire, pas de dix ou de vingt. Ton test tient dans un dollar, ou ton engagement suivant est de cinquante. Pour un artisan qui veut juste vérifier trois mots-clés deux fois par an, c’est une somme immobilisée qui met des années à se consommer, et c’est exactement le genre de détail que les comparatifs oublient de mentionner.

Ce que les données valent, une fois qu’on les a

Un outil peut être bon marché et raconter n’importe quoi. J’ai donc passé au banc un site d’agence en intelligence artificielle française que je surveille depuis un moment, et dont je connaissais déjà le profil par une plateforme spécialisée dans la vente de liens. Les deux sources ne racontent pas la même histoire : là où la plateforme annonçait cent soixante-dix-huit domaines référents, la mesure via OpenSEO en compte quatre cent cinquante-huit, pour neuf cent douze liens au total.

Deux fois et demie d’écart. Aucune des deux ne ment : elles n’ont simplement pas le même index, et ne comptent pas les mêmes liens. La leçon est celle que je répète à mes clients depuis des années, et elle vaut pour n’importe quel outil de cette famille, payant ou pas : un chiffre d’autorité ne sert qu’à comparer deux sites mesurés par le même instrument. Dès que tu changes d’outil, tu changes d’échelle, et comparer les deux ne veut plus rien dire.

Sur le fond, la donnée est exploitable et détaillée. Le rapport de liens sort le nom de chaque domaine qui pointe, son nombre de liens et sa note, ce qui suffit largement à comprendre comment un concurrent s’est construit. Pour la recherche de mots-clés, tu obtiens le volume mensuel, la difficulté, le coût publicitaire et l’intention. C’est le standard du marché, ni plus ni moins.

Ce que l’outil ne te dit pas spontanément

Cinq choses, et aucune n’est rédhibitoire, mais tu dois les connaître avant de t’y mettre. D’abord, la fonction qui fait le plus rêver en ce moment, celle qui vérifie si ta marque est citée par ChatGPT, coûte à elle seule un dollar zéro neuf par vérification. Autrement dit, elle est hors de portée du crédit d’essai : impossible de l’évaluer sans passer par la caisse. C’est dommage, parce que c’est précisément le terrain du référencement à l’ère des IA, celui sur lequel tout le monde veut se rassurer cette année.

Ensuite, l’assistant intégré à l’outil ne fonctionne pas tout seul : il réclame une clé d’un autre fournisseur d’IA, donc un second compte payant. La mention est discrète dans la configuration. Troisièmement, la télémétrie est active par défaut, avec un signal envoyé toutes les cinq minutes pendant les deux premières heures. L’éditeur documente ce qu’il collecte et fournit l’interrupteur pour l’éteindre, ce qui est correct, mais l’interrupteur est en position marche quand tu arrives.

Enfin, un point que je préfère dire franchement : le lien qui t’envoie ouvrir ton compte chez le fournisseur de données, dans la documentation officielle du projet, est un lien d’affiliation. Le projet est libre et le code est lisible par tout le monde, donc il n’y a rien de caché, mais l’éditeur touche une commission sur les données que tu achètes. Ça n’enlève rien à la qualité de l’outil. Ça explique juste pourquoi il n’a pas très envie de te dire que ses propres estimations de coût sont deux fois trop hautes.

Le cinquième point, je l’ai découvert par accident en préparant les illustrations de cet article. J’ai créé un second projet pour la démonstration, et le simple fait d’afficher son tableau de bord a consommé près de cinq centimes de mon crédit, sans rien me demander. L’outil va chercher le profil de liens du domaine tout seul, dès l’ouverture. Ce n’est pas un scandale, et c’est même confortable quand on le sait. Mais quand ton budget entier tient dans un dollar, un tableau de bord qui se sert dans la caisse à chaque visite mérite d’être dit.

À éviter si

Si tu ne sais pas ce qu’est un conteneur et que la ligne de commande te noue le ventre, passe ton chemin ou prends la version hébergée à dix dollars par mois, en sachant qu’elle applique vingt-huit pour cent de majoration sur chaque requête. Si ton besoin se résume à trois vérifications par an, l’immobilisation de cinquante dollars n’a pas de sens pour toi. Et si tu attends d’un outil qu’il te dise quoi faire plutôt que de te donner des chiffres bruts, tu seras déçu : celui-ci mesure, il ne conseille pas.

Si ce sont la ligne de commande ou l’immobilisation de cinquante dollars qui te bloquent, il existe des outils français qui appliquent la même logique de paiement à l’usage, mais avec une interface. GoMySeo en fait partie : pas d’abonnement, un euro pour dix crédits qui n’expirent pas, une analyse entre cinq et quinze, et dix crédits offerts à l’inscription, de quoi lancer une première analyse et te faire ton propre avis. Je ne l’ai pas testé, donc je ne le note pas ici : le banc d’essai viendra, avec les relevés de coût réel comme pour OpenSEO. En attendant, son modèle tarifaire est exactement celui que défend cet article.

[ VERDICT ]

Pour qui : l’indépendant ou la petite structure qui paie aujourd’hui un abonnement à trois chiffres pour ouvrir l’outil deux fois par mois. C’est exactement le profil qui va diviser sa facture par vingt sans rien perdre d’utile.

À éviter si : tu ne veux pas gérer un compte technique chez un fournisseur tiers, ou si ton usage est trop occasionnel pour justifier la recharge minimale de cinquante dollars.

Ce que je n’ai pas pu tester : le module de visibilité dans les IA, à 1,09 $ l’appel, soit plus que le crédit d’essai entier. Le verdict ci-dessous ne porte pas dessus.

Questions fréquentes sur OpenSEO

OpenSEO est-il vraiment une alternative gratuite à Semrush ? Le logiciel est gratuit et libre, mais les données sont achetées à un fournisseur tiers, DataForSEO, avec ton propre compte. Compte quelques dollars par mois d’usage réel au lieu des 139 $ de la formule d’entrée de Semrush, relevés sur leur page tarifaire le 31 juillet 2026.

Combien coûte une recherche de mots-clés sur OpenSEO ? 0,0222 $ en moyenne, mesuré sur quinze recherches le 31 juillet 2026, alors que l’éditeur annonce environ 0,05 $.

Peut-on tester OpenSEO gratuitement ? Oui. Le compte DataForSEO offre 1 $ de crédit à l’ouverture, sans carte bancaire, ce qui a suffi ici à mener vingt requêtes réelles. En revanche la recharge suivante est de 50 $ minimum.

Faut-il savoir coder pour installer OpenSEO ? Non, mais il faut être à l’aise avec Docker et une ligne de commande. Sinon, la version hébergée existe à 10 $ par mois, avec 28 % de majoration sur chaque requête.

Un dernier détail, et il est savoureux. J’ai demandé à l’outil quel volume de recherche pesait son propre nom en France. Il m’a répondu par une liste de portefeuilles de cryptomonnaies et de places de marché de jetons numériques : en français, « openseo » n’existe pas, Google entend « opensea ». Le meilleur outil de mots-clés que j’aie installé cette année vient de m’expliquer que personne ne le cherche.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *